Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

LA LUCHA SIIGUE
Décembre 2010
Ce modeste bulletin – dont la périodicité sera
calquée sur nos possibilités, envies et besoins –
s’inscrit dans la logique qui prévalait lors de la
constitution du Comité de solidarité avec les
peuples du Chiapas en lutte en 1995 : manifester
ici notre solidarité avec celles et ceux qui luttent
là-bas. Et pour rendre cette solidarité
efficace et effective, il n’est d’autres moyens que
de lutter ici. Nous qui constituons le CSPCL
sommes quasiment tous investis, par ailleurs,
dans des luttes locales diverses (sans-papiers,
Roms, prison, syndicalisme…), comme dans le
récent mouvement de bloquages sur la retraite.
Mais est-ce vraiment « par ailleurs » ? À vrai
dire, non. Non seulement nous gardons en ligne
de mire l’expérience de la construction de l’autonomie
au Chiapas (et chez les différents peuples
autochtones du Mexique) mais nous
considérons aussi que notre solidarité ne doit
pas être charité et se doit donc de prendre en
compte notre quotidien, nos vies, notre présent,
nos luttes. De fait nous n’envisageons pas de
lutter pour les paysans indigènes zapatistes séparément
de ce que nous vivons, c’est-à-dire de
la réalité sociale de la région parisienne. Ce qui
implique d’une part de faire connaître l’expérience
zapatiste ici et d’autre part que l’anticapitalisme
et l’anti-autoritarisme que les
zapatistes mettent en oeuvre doit se manifester
ici aussi, au travers des luttes auxquelles nous
participons. Par exemple, nous avons visité des
piquets de grève de travailleurs sans-papiers,
nous avons organisé des événements dans des
squats, nous participons à la gestion de ces outils
militants que sont le restaurant La Rôtisserie
ou la radio FPP…
Comment fonctionne le CSPCL ? Sans être
régit par des statuts et un fonctionnement rigides,
le Comité est organisé sur la base d’une
assemblée ouverte hebdomadaire. Il n’y a pas
de membres ni de concours d’entrée, juste un
lieu et une périodicité : tous les mercredis soir
dès 20h30 au 33 rue, des Vignoles (locaux prêtés
par la CNT).
Au Mexique, ici et ailleurs...
la digne rage continue
Aux habitants de Copala chassés
de leur village et de leur terre
Aux femmes en résistance
Aux autorités de la Commune
autonome de San Juan Copala
Avec la mémoire vivante de siècles
de résistance, avec l’expérience de
décennies de luttes pour continuer
d’être libres, collectivement, selon
votre culture, en tant que Triquis,
avec l’espoir de maîtriser vousmêmes
votre avenir et le projet de le
faire sur votre territoire, vous avez
pris en janvier 2007 la décision de
construire en suivant vos propres règles
la Commune autonome de San
Juan Copala.
Les déplacés de Copala l’affirmaient
sur le zócalo d’Oaxaca le 21 septembre
2010 : « Cette déclaration d’autonomie
ne signifie pas autre chose
que la volonté d’un peuple indigène
de décider elles et eux-mêmes du
sort de leur village, de leur vie communautaire,
de leurs ressources naturelles
et de leur futur. »
Vouloir faire vivre par vous-mêmes
vos droits les plus légitimes, sans autres
autorisations que celles des enfants,
des anciens, des femmes et
des hommes de vos communautés,
c’est infliger un camouflet aux différents
pouvoirs qui ne pensent qu’à
commander, qu’à exploiter et sont
prêts à tout pour perdurer. Il s’agit
d’Ulises Ruiz, le gouverneur
d’Oaxaca, et de ceux qui au gouvernement
fédéral et dans les partis politiques
le soutiennent, des caciques
locaux et des groupes paramilitaires
de l’Ubisort et du MULT.
Mais vous connaissez, hélas, mieux
que nous les « mauvais gouvernements
» et leurs complices qui ont le
sang des vôtres sur les mains et qui
sévissent à Oaxaca et ailleurs... Ce
que nous voulons faire avant tout,
c’est vous assurer de notre solidarité,
vous dire aussi que nous cherchons
à mieux comprendre pourquoi et
comment vous résistez (contre qui,
on le devine : nos ennemis sont dans
le même camp).
La solidarité, cela se construit. Nous
avons une autre histoire et une autre
géographie que vous, nous vivons
pour la plupart - mais pas tous - dans
des villes des pays industrialisés, de
l’autre côté de l’Océan. Nous nous efforçons
de faire connaître, là ou nous
vivons, la réalité de vos combats et
de ceux des autres peuples, des paysans,
de « ceux d’en bas » des villes
et des campagnes ; nous essayons
de montrer à toutes et à tous l’authenticité
de votre esprit de résistance,
dans la pire adversité, et
par-dessus tout nous voulons partager
avec qui vit et lutte ici la volonté
d’autonomie qui vous anime là-bas.
Travailler à notre autonomie, c’est
bâtir un pont vers la vôtre.
Nous sommes un collectif d’individus
et d’associations de la région toulousaine,
dans le sud-ouest de la
France. Nous avons choisi le nom de
« Romper el Cerco - Briser l’encerclement
» en référence aux caravanes
qui ont tenté de rompre le
siège que vous ont fait subir les paramilitaires
assassins cet été 2010,
nous avons pensé aussi à la lutte du
FPDT d’Atenco et à la création des
Communes autonomes rebelles zapatistes
au Chiapas.
Les paramilitaires hors de San Juan
Copala !
Pour l’autonomie et la liberté
Collectif Romper el Cerco -
Briser l’encerclement
Déchaînement de violence
et de haine contre l’autonomie indigène


N° 1 LA LUCHA SIGUE
édito


A propos de la Sixième Déclaration zapatiste
Le 19 juin 2005, l’EZLN décréta une alerte rouge dans toutes les communes rebelles ; les autorités autonomes passèrent à la clandestinité, les Caracoles furent fermés. Dans les jours qui suivirent, une consultation de toutes les communautés zapatistes fut entreprise. Une nouvelle forme de lutte fut approuvée, elle engage les zapatistes vers un nouveau cap, annoncé dans la Lettre de l’EZLN à la société civile : la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.

 

Dans cette déclaration, les zapatistes font le bilan de leur lutte, analysent la situation du Mexique et du monde, concluent à la nécessité d’élargir le mouvement à d’autres secteurs de la société (ouvrier-e-s, paysan-ne-s, étudiant-e-s, enseignant-e-s, associations de quartier, etc.) et de s’engager dans une nouvelle forme d’échange et de solidarité des luttes.
Ils appellent ainsi à une nouvelle rencontre intergalactique, à laquelle sont conviées toutes les associations, organisations, femmes et hommes... du monde entier (et même plus) qui luttent en bas à gauche, pour partager leur histoire, leurs problèmes et également pour partager leurs formes d’organisations.
En bas et à gauche...
Finalement, au Mexique La Sixième Déclaration de la forêt Lacandone propose de réaliser une Campagne nationale pour la construction d’une nouvelle façon de faire la politique, d’un programme de lutte nationale en bas à gauche.
Une commission de la Sixième est chargée d’écouter, écouter, et encore écouter à travers tout le pays, pour apprendre, connaître et apprécier la véritable situation du peuple mexicain.
L’Autre Campagne
En 2005, suite à la publication de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, diverses organisations, groupes, peuples et individu-e-s se sont joints à un appel de l’EZLN pour lancer un mouvement national anticapitaliste, civil et pacifique, en bas et à gauche, en se passant des partis politiques et de la corruption des gouvernements et des campagnes électorales. Ce mouvement s’appelle « L’Autre Campagne ».
Il cherche à construire un réseau d’individu-e-s et d’organisations en bas et à gauche pour résister aux attaques du capitalisme, et construire un pays et un monde plus juste.
Dans l’Autre Campagne, différents terrains de lutte existent : la défense des ressources naturelles comme la terre, les forêts et l’eau, du territoire, du travail, contre les hauts tarifs de l’énergie électrique, pour l’autonomie…
La réponse de l’État à ces luttes a été la répression. Les stratégies utilisées sont la torture, la persécution, la disparition forcée et la prison. C’est dans ce contexte, que nous parlons de plusieurs centaines de compagnons et compagnes prisonnierEs pour avoir lutté dans tout le pays. La majorité d’entre ELLeux fait face à des accusations infondées (kidnapping, vol, meurtre) dans une tentative évidente de ne pas les reconnaître comme prisonniEres pour avoir lutté.
Parmi les nombreuses initiatives menées à bien par l’Autre Campagne, nous pouvons trouver des actions et des activités organisées par des collectifs, des organisations, des individus et des villages comme des blocages de routes, des grèves étudiantes, des journées d’information, des rencontres et forums et bien d’autres efforts contre la répression et pour la liberté des prisonnierEs.
Campagne « Primero Nuestr@s Pres@s »
En août 2009, divers collectifs, groupes, organisations, communautés et individus ont proposé de lancer la campagne nationale et internationale « Primero Nuestr@s Pres@s », en construisant des alternatives et des actions pour continuer la lutte pour leur libération.
Jerónimo Gómez Saragos et Antonio Gómez Saragos ont été arrêtés car ils étaient très engagés dans la lutte contre un mégaprojet touristique du gouvernement qui prévoit de les expulser de leurs territoires et implique une dégradation des ressources naturelles. Ils habitent dans la communauté indigène tzetzal de San Sebastian Bachajón et Jotola dans l’État du Chiapas. Entre le 13 et 19 avril 2009 Jeronimo et Antonio ont été arrêtés par la police étatique préventive (PEP) qui les accusai de destructions de véhicules, de vol avec violence et de délinquance organisée.
Manuel Aguilar Gomez Manuel est fondateur de la communauté de Jotola, proche de San Sebastián Bachajón. Cette
communauté fait partie de l’Autre Campagne et est aussi menacée par le même mégaprojet touristique qui touche San Sebastián Bachajón. Ces communautés subissent le harcèlement constant de groupes paramilitaires de l’Organisation pour la défense des droits indiens et paysans (OPDDIC). Suites aux accusations de l’OPDDIC Manuel est en détention préventive dans la prison d’Ocosingo depuis novembre 2008 et attend son procès.
Artemio Diaz Heredia
Engagé aux côtés des peuples indigènes dans leurs luttes pour le respect de leurs terres, de
leurs droits et de leurs cultures. Il a été arrêté le 3 mars 2008, pour le délit de trafic de sanspapiers.
Cela fait déjà plus de deux ans qu’il a été privé de sa liberté pour un délit qu’il n’a
pas commis. Ce délit a été fabriqué de toutes pièces par Carmen Diaz Lopez leader des groupes paramilitaires
de l’Ejército de Dios et l’Alas de Águila.
Alberto Patishtán Gómez et Rosario Díaz Méndez
Ils font partie des organisations de prisonniers appartenant à l’Autre Campagne, qui dénoncent le fonctionnement
arbitraire du système judiciaire mexicain, la torture physique et psychologique que les matons
leur font subir, ainsi que la corruption qui sévit dans les prisons de l’État du Chiapas. Pathishtan fut
arrêté le 19 juin 2000 dans sa municipalité d’origine, El Bosque, accusé d’embuscade, port d’armes et
homicide qualifié d’agents de la police d’Etat.
Víctor Herrera Govea.
Est anarchiste et adhérent de l’Autre Campagne, il fait partie du groupe « Cri de rage de la rue ». Il a
participé au piquet de protestation devant la prison de Molinos de las Flores pour soutenir les prisonniers
d’Atenco. Il est aussi membre d’un projet d’agriculture urbaine, pour l’autosuffisance alimentaire,
pour l’autogestion en général. Après avoir été violemment arrêté le 2 octobre 2009, en sortant de la
manif commémorant les 41 ans du massacre des étudiants par les militaires en 1968 à Tlatelolco, il est
condamné a deux ans et neuf mois de prison. Il a finalement été libéré sous caution le 15 octobre 2010,
mais doit pointer pendant encore près de deux ans chez les flics.
Abraham López Martinez, Carlos Orozco et Fermin Gómez Trejo
Ont été arrêtés le mardi 15 décembre 2009 à 6 heures du matin et accusés d’avoir lancé des cocktails
Molotov sur des voitures stationnées dans un quartier du sud de Mexico. Abraham est un jeune libertaire, étudiant au « Colegio
de Bachilleres ». Il participe activement au collectif « Tekap Anarquista ». La situation des compagnons est incertaine, on
sait qu’ils ont été présentés au ministère public et remis au Tribunal pour mineurs.
Abraham Ramírez Vázquez, fait partie de l’Alliance magoniste zapatiste qui se compose de 3
groupes : le Collectif autonome magoniste (CAMA) de Mexico, les Organisations indiennes pour les
droits humains à Oaxaca (OIDHO), le Comité pour la défense des droits indigènes (CODEDI) de
Santiago Xanica (État d’Oaxaca). Ce sont des groupements indigènes qui luttent pour la création de
municipalités autonomes autogérées par des assemblées populaires appliquant les « us et coutumes »
communautaires. Ils ont participé au soulèvement massif de la population de l’État d’Oaxaca contre
le gouverneur Ulises Ruiz Ortiz (PRI). Abraham a été accusé d’homicide et d’enlèvement, il est emprisonné
depuis le 15 janvier 2005.
Máximo Mojica Delgado, Santiago Nazario Lezma et María De los Ángeles Hernández
Flores sont des professeurs, ils habitent dans la municipalité de Teloloapan, dans l’État de Guerrero.
Maria et Máximo sont des membres actifs de l’Organisation coordinatrice étatique des travailleurs de
l’éducation de Guerrero (CETEG) et adhérents à l’Autre Campagne. Ils ont aussi participé à la lutte
sociale avec l’association Terre et Liberté, qui intervient sur les questions du droit au logement, cette
association fait partie du Front des organisations démocratiques de l’État de Guerrero (FODEG). Ils
ont été arrêtés le 27 novembre 2008, accusés d’appartenir à un groupe armé.
Tomás de Jesús Barranco a été arrêté par la police judiciaire de l’État de Guerrero, le 29 août 1996. La police l’accuse d’avoir participé à l’attaque du commissariat de la police judiciaire de Tixtla le 28 août 1996. Où des personnes masquées ont tiré sur le commissariat, faisant deux blessés graves parmi les policiers, dont un est mort des suites de ses blessures. Dans les locaux de
la police judiciaire Tomás a été torturé physiquement et psychologiquement pour l’obliger à passer aux aveux.
Les prisonniers de Loxicha.
Ils sont tous indigènes zapotèques de Loxicha, ils ont été arrêtés entre 1996 et 1999 pour avoir défendu leurs terres contre les « caciques » et le gouvernement, ils ont toujours maintenu leur forme traditionnelle de gouvernementsans partis politiques, grâce aux « us et coutumes ». Malgré l’enfermement, ils sont très actifs au sein de la prison dans
l’État d’Oaxaca. Ils ont été accusés d’appartenir à l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR). En 1996, l’attaque de l’Armée populaire révolutionnaire (EPR) à La Crucecita allait servir de prétexte pour justifier la répression contre les Indiens de la région
Loxicha, dans la Sierra Sur de Oaxaca : au cours des années suivantes, il y eut pas moins de 200 arrestations, 150 cas de torture, 32 perquisitions, 22 exécutions extrajudiciaires, 22 disparitions forcées, 137 personnes en prison pour des raisons politiques et de conscience et un nombre indéterminé de harcèlements, de menaces de mort et de procès pénaux irréguliers.
Vous pouvez trouver des textes, des vidéos, des expositions et des informations sur les prisonniers de l’Autre Campagne sur :
http://liberonsles.wordpress.com
Plus d'informations sur le Chiapas et le Mexique sur:
http://cspcl.ouvaton.org
http://www.europazapatista.org/
http://enlacezapatista.ezln.org.mx/

 

Le système énergétique mexicain suit la logique néolibérale de puis la promulgation en 1992 de la loi « sur le ser vice publique de l’énergie électriq ue », qu i fait partie des compromis du gouvernement mexicain avec les instituts financiers internationaux, la Banque mondiale et le Fonds monétaire inter national, pour entrer
dans le Traité de libre commerce de l’Amérique du Nord, le TLCAN. Cette loi a per mis la privatisation d’une par tie de l’énergie électrique, pour tant interdite par la Constitu tion mexicai ne de 1917.
Aujourd’hui, a lors qu’une bonne pa r tie de la popu lation n’est pas alimentée en éle ctricité, 35 % de la produ ct ion de l’énergie électrique est contrôlée par des entreprises privées, dont l ’implantation
contribue à l’ expulsion des populations indigènes et paysannes de leur terre.
Parallèlement, l’augmentation du prix de l’élec trici té est révélatrice d’inégal ités criantes : alors que les grandes corporations sont exemptées de paiement, les ta rif s domestiqu es ont augmenté, jusqu’à 300 %, dans une si tuation socio-écono mique d’inf lation.
Dans un tel contexte, un mécontentement général se fait entendre dans tout le Mexique. Les communau té s paysannes et ind igènes s ’or g anise nt pour dans certains cas, exiger des « tarifs justes » et dans d’autres cas, pour exiger la reco nnaissance et le res pect du mouvementde « non-paiement des hau ts prix de l’ énergie électrique ». Le peuple cherche différentes manières de résister et de s’émanciper des ag ressions structurelles d’un s ystème qui les paupérise chaque jour un p eu plus et leur in terdit l’accès aux ser vices de base. Les contractions et les inégalités du système énergétique génèrent des mouvements amples et pluriels de rejet du modèle néolibéral
au Mexique.
Un des mom ents le s plus significatif s dans le proc ess us organisationnel de s communautés en résistance contre le s « hauts p rix de l’éner gie électrique » des
États de C ampeche, de Veracr uz e t du Chi apas a été la rencontre ave c les 27 co mmunautés en résistance dan s les montagnes de Guerrero. Cette rencontre populaire est à l’origine de la création du réseau national de résistance civile contre le s hauts tarifs de l’énergie électrique, avec l’intention de coordonner les forces
pour lutter contre un ennemi commun : le système capita liste q ui e nrichi t
que lques- uns et appauvrit le reste du peuple.
D es commun autés, col lecti fs, org anisations des États de Campeche, Chiapas, Guerrero, Oaxaca, Veracr uz et du District f édé ral ex igent l’annulation des mégaprojets hydroélectriques, le rejet du plan Puebla Panama , le respect des accords de San Andrés et l’ar rêt immédiat de la répression contre les mouvements de résistance civile.
Stratégies de résistance civile contre les hauts tarifs de l’énergie électrique
Dans le Chiapas

L e Chiapas est l’État mexica in qui pr oduit le plus d’énergie hydroélectrique, ce
qui re présente 4 5 % des kilowattheures créés au niveau national. Cependant seulement 1 % de cette énergie est consommée d ans le C hiapas ; le reste es t expo r té au nive au national, m ais aussi internat ional avec des prix
préférentiels pour les États-Unis, le Belize et l e Guatema la, alor s que 275 00 0 perso nnes n’ont pas accès au courant dans tout l’État. En plus, c’e st dans le Chia pas q ue les prix de l’électricité sont les plus élevés pour les communautés indigènes et paysannes. Selon les chiffres officiels, 427 420 personne sont en résistance civile. Plusieurs communautés indigènes et paysannes luttent contre l e paiement des haut s tarifs de l’énergie électrique depuis environ une quinz ain e d’années. La plup art d’e nt re elles font part ie du réseau L a Voz de nuestro corazon (la Voix de notre coeur), qui est un processus de résistance civile organisée et adhérente de l'Aut re Cam - pagne (l’initiative politique surgie de la Sexta Declaración de la selva La can don a émise par l’EZLN en juin 2005).
El les ont part icipé à des r encontres p our éch anger le urs ex périences et l eur s stratégiesde résistance.
Cependant dans un contexte de militarisation du Chiapas, accélérée depuis 1995 avec l a g uer r e de ba sse intensité, elles sont quotidiennement persécutées, le discours officiel étant articulé autour de la
lutte antiterroriste, avec l’intention de nuire au processus d’autonomie des communautés adhérentes à la Otra Campana.
En 2008, les agents de la Commission fédérale de l’électricité, CFE, accompagnés de la police ont ef fec tué l’équivalent d’une coupure d’é lec tr icité p ar semaine au sein des communautés faisant par ti e du réseau La Voz de nuestro corazon.
Dans l’État de Campeche
Au début le mouvement de résistance civile a tenté de négocier avec la CFE pour l’exigence d’un « tarif juste ». Ce chemin n’a pas fonctionné, les accords signés par les fonctionnaires n’ont pas été respectés,
la CFE a c ontinué à effectuer les c oupures d’électricité dans les communautés.
De plus, la forte présence policière et militaire, à cause soi-disant de la lutte contre le narcotrafic, a poussé le mouvement de résistance civile à prendre un chemin vers l’autonomisation en se joignant à l'Autre
Campagne. L’intimidation et la persécution politique des camarades Sara Lopez et Joaquim Aguilar ont alors commencé dans l’objectif d’affaiblir le mouvement.
Lutte contr e la répression Le 10 juillet 2009, Sara Lopez Gonzalez, Joaquin Aguilar Mendez, Elmer Castellanos
Vela zquez, Guadelup e Borjas Contreras y Guadelupe Lizcano Gomez, ont été brutalement enlevés et incarcérés dans le centre pénal de Koben sans mandat d’a r rêt et accusés d e dél its créés de toutes pièces. Il a été aussitôt organisé un mouvement de solidarité po ur exiger leur libération, avec la dé cisi on d’établir un campement perman ent devant le
palais national de Campeche. Des actes d ’intimi dation et d e harcèlement
ont été commis par des services de police envers les membres des familles desprisonniers. D u 12 au 16 septembre 2009, des orga nisati ons, des mou vements, des communautés et des collectifs des États de Oaxaca, Chiapas, Campeche,
Veracr uz, Nay ari t, Puebla, Yuc atan e t La résistance civiLe contre Les tarifs éLevés de L''éLectricité Mexico se sont réunis à San Francisco,
Campeche, dans l’État de Campeche,
pour se joindre au campement solidaire
avec les membres de San Antonio Ebula.
Des manifestations et des meetings ont
été organisés, mais les membres des pouvoirs
locaux ont fait preuve d’un mutisme
complet, manifestant leur refus de
dénoncer la violence de l’Etat. Le
23 septembre deux prisonniers
ont été relâchés sous conditions.
Sara López González, Joaquin
Aguilar Méndez et Guadalupe
Borjas Contreras ont finalement
été libérés le dimanche 6 juin 2010.
Cependant, le compagnon Octavio Solís
Cortés, également membre du Mouvement
de résistance civile contre les hauts
tarifs de l’énergie électrique de Candelaria
dans l’État de Campeche, a été arrêté le
samedi 15 mai 2010 par des agents de la
Procure générale de la République qui
l’ont enferméà la prison de Kobén, où se
trouvaient déjà les compagnons Sara, Joaquín
et Guadalupe.
L’arrestation du compagnon Octavio
Solís a eu lieu précisément le jour de la
Rencontre nationale des résistances à
Candelaria, alors que Sara, Joaquín et
Guadalupe commençaient leur grève de
la faim afin de mettre la pression sur les
magistrats qui retardaient leur remise en
liberté avec la complicité de la CFE et de
la PGR, qui ont tout fait pour rallonger le
processus pénal contre les compagnons
emprisonnés.
Nous venons tout juste d’apprendre
qu’Octavio Solís a été libéré fin novembre
2010.
Dans ce contexte d’exactions généralisées,
la population s’organise
pour exiger la fin de la répression
contre les mouvements de résistance
civile, la justice pour les habitants
de San Antonio Ebula, la fin
des harcèlements et de la criminalisation
des luttes sociales des peuples du
Mexique.
La lutte continue !
Des paramilitaires séquestrent et
torturent des zapatistes à Mitzitón
Une cinquantaine de membres du groupe évangélique «
Armée de Dieu » ont séquestré, torturé et remis à la police
deux ejidatarios de l’Autre Campagne, adhérents à la
Sixième Déclaration de la forêt Lacandone de l’Armée zapatiste
de libération nationale, dans l’ejido Mitzitón (municipalité
de San Cristóbal de Las Casas, Chiapas).
De plus ils agressèrent leurs familles et menacèrent de violer
les femmes. Deux jours plus tard, les paysans tzotziles furent
obligés de payer une amende sans qu’on leur donne
d’explications. Les agresseurs ne reçurent aucune sanction,
bien au contraire : ils semblent qu’ils travaillent avec
la police d’État du Chiapas.
L’agression a commencé dans la nuit du 2 novembre,
quand des personnes identifiées comme appartenant à
l’Armée de Dieu agressèrent Pedro Díaz Gómez alors qu’il
rentrait chez lui. « Les paramilitaires commencèrent à le
frapper » et Luis Rey Pérez Heredia « l’attrapa par le cou et
l’étrangla, il voulait le tuer ». Díaz Gómez réussit à s’échapper.
Ses agresseurs le poursuivirent jusqu’à sa maison, traversèrent
la clôture et enfoncèrent la porte. Ils le sortirent et
le frappèrent de nouveau ainsi que son épouse María de
Lourdes Jiménez et une autre femme. Ils conduisirent Díaz
Gómez à la maison « du dirigeant paramilitaire Gregorio
Gómez Jiménez où ils l’attachèrent et le torturèrent ».
Salvador Hernández Jiménez, en voyant que son compagnon
était séquestré, s’approcha pour le défendre. « Ils le
frappèrent aussi et l’emmenèrent à la maison du dirigeant
paramilitaire. Là ils les attachèrent tous deux, les frappèrent
de nouveau et leur jetèrent des seaux d’eau. Ils écrasèrent
les doigts de Pedro avec un morceau de bois. »
La police de l’État préventive était à Mitzitón jusqu’à 22
heures. « Sans respecter les autorités de la communauté, ils
se rendirent directement à la maison de Gómez Jiménez
et de Francisco Gómez Díaz où avaient été séquestrés les
deux compagnons et les emmenèrent. Nous savons que
la police sectorielle est complice des paramilitaires et c’est
pour cela qu’ils n’ont emmené que nos compagnons mais
pas leurs agresseurs », signalent les témoins.
L’autorité ejidale arriva au parquet indigène, où on les informa
que les paysans avaient été emmenés à Tuxtla Gutiérrez
sans leur expliquer pourquoi. L’agent de la
communauté eut au téléphone les détenus dans la matinée
du 3 novembre : « Pedro me dit qu’on l’avait beaucoup
frappé, qu’il avait une côte cassée et des coupures
et qu’il avait été durement frappés aux doigts. Il me raconta
qu’ils posèrent ses doigts sur une planche et lui attachèrent
les mains, qu’il avait les petits os fracturés. »
Ce même jour, à 13 h 30, une commission d’ejidatarios et
l’agent municipal allèrent au Parquet général de l’État. Le
4 novembre, les deux « détenus » furent libérés après avoir
payé 12 357 pesos d’amende.
Dans son témoignage l’épouse de Pedro raconte : « Ceux
de l’Armée de Dieu arrivèrent avec de gros lassos, ils tirèrent
deux balles en l’air puis entrèrent. Ils me poussèrent
pour que je dégage de leur passage. Ils donnèrent un
coup de pied à mon fils Ramon. Ils firent monter mon mari
dans une camionnette puis partirent. Ils avaient le visage
découvert c’est pour cela que je les ai reconnus. Je leur
criais et leur demandais pourquoi ils faisaient cela alors
que nous sommes voisins. Ils me dirent : "Tais-toi femme zapatiste,
vous êtes amis avec les zapatistes." »
Selon d’autres membres de la famille de la victime, les
membres de l’Armée de Dieu « tirèrent deux balles » et
menacèrent de violer les femmes. Ils sont venus dans trois
camionnettes et ont dit : « Nous voulons du sang. »
Hermann Bellinghausen (La Jornada).
1 « Conseil de Bon Gouvernement », structure de gestion des zones zapatistes, défini par opposition au
« Malgobierno », mauvais gouvernement des institutions fédérales et étatiques.
2 « Escargot », désignation des centres administratifs où siègent les « Junta de Buen Gobierno »
Il y a un an encore, on m’aurait dit
« Mexique », à quoi aurais-je bien pu
penser… ?
Image d’un sombrero qui garde dans
l’ombre la moustache de Pancho Villa…
Dario Moreno et son inénarrable
«Mexiiiiiiiiico ! » au Théâtre de la Ville,
dans les années soixante… Le pic à glace
qui porta un coup d’arrêt fatal à la carrière
de Leonid Davidovitch Bronstein,
dit Trotsky… Les écrits facétieux d’un
guérillero cagoulé qui mène la
lutte d’un peuple indien dans
les lointaines montagnes du
sud-est…
Un petit peu plus quand
même… ! Tout militant qui se
respecte a, bien sûr, entendu
parler de l’insurrection de
1994 ; de cette EZLN quelque
peu atypique, où s’est opérée
une synthèse de la tradition collective
indigène et de l’internationalisme
marxiste pour
produire un mode de fonctionnement aux
accents libertaires, au sein des communautés
zapatistes…
Ajoutons à cela la connaissance des accords
de San Andres et leur trahison, portée
par l’ensemble d’une classe politique
corrompue, gauche et droite institutionnelles
confondues… Et voilà. J’aurais
difficilement pu en énoncer davantage.
Mais il y a eu la rencontre avec C, notre
camarade de SUD-Education ; avec son
enthousiasme contagieux et ses mille
anecdotes rapportées des territoires zapatistes.
Envie d’en savoir plus ! Quelques
lectures en quête d’une histoire politique
d’un pays déchiré entre oppression des
minorités et corruption des « élites » dirigeantes.
Et l’opportunité qui se présente,
de me joindre à la « Brigade
européenne de soutien au mouvement zapatiste
». Initiative des divers collectifs
de soutien européens, cette « brigade »
rassemble des représentants espagnols,
galiciens, allemands, italiens, grecs et
français.
Je suis l’ignorant du voyage. Celui qui,
en outre, n’a pas vraiment de légitimité
pour se trouver là. Tout juste puis-je me
prévaloir de mon appartenance à l’Union
syndicale Solidaires qui, bien que sympathisante
du mouvement zapatiste, ne
m’a nullement mandaté.
Et c’est comme ça que le six juillet 2010,
je me retrouve devant une grille, quelque
part dans la région des
« altos » du Chiapas, face
à de très jeunes gens aux
visages dissimulés derrière
des passe-montagnes, qui
nous font subir un véritable
interrogatoire d’identité.
Ton nom, ton prénom, ta
nationalité, tes raisons de
venir jusqu’ici, ton organisation
d’appartenance… et
tout cela est soigneusement
consigné par écrit pour être porté auprès
de la « Junta de Buen Gobierno »1 qui décidera
de l’autorisation d’entrer, ou non,
dans le « caracol »2.
Accents libertaires avez-vous dit ! N’estce
pas plutôt la méthode d’une bonne
vieille milice politique ?!
Mais réagir ainsi serait ignorer la réalité
des communautés zapatistes. Une réalité
que je découvrirai assez rapidement. La
réalité d’un mouvement assailli par une
politique contre-insurrectionnelle qui
conjugue harcèlement militaire et policier,
stratégie de financement institutionnels
(au niveau de l’Etat du Chiapas
comme au niveau du gouvernement fédéral)
de microprojets destinés à détacher
les populations indigènes du mouvement,
implantations « privilégiées » des réseaux
de distribution de l’eau et de l’électricité
dans ces mêmes zones dans le but de
rompre le projet zapatiste d’autonomie.
Et comme tout cela demeure
insuffisant, « on » a recours
aux attaques frontales des paramilitaires
qui n’hésitent pas à faire
usage de leurs armes, assurés
qu’ils sont de demeurer dans la
plus totale impunité ; « on » a recours
à la rhétorique d’une Eglise
réactionnaire qui, dans ce pays
empreint de religiosité, assimile
les actes de rébellion aux
influences démoniaques.
Et derrière ce « on »
impersonnel, le misérable
faux nez posé sur le
visage des institutions fédérales
et étatiques ne trompe
personne.
Alors toutes ces précautions,
au moment d’entrer
dans les territoires autonomes, on les
comprend beaucoup plus facilement.
Mieux ! On les approuve.
Et puis, en passant par Oventik, La Garrucha,
Morelia, Roberto Bario, La Realidad,
on découvre peu à peu l’ampleur du
travail accompli depuis la naissance, en
2003, des caracoles.
Cette année 2003, la commandance de
l’EZLN considère qu’il est pour le moins
contradictoire de vouloir construire l’autonomie
des communautés en maintenant
la prédominance de l’armée dans les
structures administratives du mouvement.
Les « aguacalientes », centres de
rencontres contrôlés par l’EZLN, deviennent
alors les « caracoles », centres administratifs
des zones zapatistes,
désormais gérés par des « autorités » civiles.
Le processus de désignation des
responsables de charges (administratives,
sanitaires, éducatives…) par les assemblées,
présente un nombre remarquable
de garants démocratiques et mériterait, à
lui seul, un développement dont ce texte
n’est pas l’objet.
C’est plus sur les réalités observables
que porte mon commentaire. Sur ces cliniques
jaillies du néant, où les savoirs et
savoir-faire se transmettent dans l’enthousiasme
de la construction, où se restaure
la mémoire de la médecine
traditionnelle, où les soins se dispensent
à toutes et tous, sans distinction d’appartenance
politique, où la lutte est quotidienne
pour assurer l’approvisionnement
en matériel, en médicaments…
Ce sont aussi ces écoles où s’expérimentent
empiriquement les principes
d’une éducation autonome. Une éducation
qui rende leurs places à la mémoire
et à l’histoire indigène, une éducation où
les besoins de l’enfant et de la communauté
sont placés au centre des apprentissages,
une éducation respectueuse des
diverses cultures des enfants, qui puisse
les accueillir dans leurs langues maternelles
; une éducation où se conjuguent
encore conscience politique et respect de
l’environnement. Puisqu’elle est empirique,
cette construction s’accompagne
UN ÉTÉ AU CHIAPAS
nécessairement de tâtonnements, de remises
en cause. Mais c’est aussi l’un des
principes du mouvement zapatiste de réinterroger
sans cesse les réalités. De ne
pas s’installer dans des représentations
définitives et figées d’une société.
Et puis il y a le contact direct avec des
gens simples. Oh, bien sûr, ils ne se livrent
pas si facilement. On les a tellement
trahis, tellement trompés, par le passé,
qu’ils en gardent une certaine méfiance.
Mais ce sont ceux d’« en bas, à gauche,
là où est le coeur. » comme le proclament
quelques affiches du mouvement. Et du
coeur, elles en ont, ces femmes qui luttent
pour la reconnaissance de leurs droits
dans un monde qui, de colonialisme en
traditions, a véhiculé des siècles de culture
machiste ! Ils en ont, ces hommes
qui déclarent humblement que revenir en
arrière est tout simplement inimaginable.
« S’il faut mourir pour la terre, on
mourra. » disent-ils. Et on n’a aucune
peine à les croire ! Comment pourraientils,
pourraient-elles, accepter de voir, à
nouveau, leurs enfants tomber comme
des mouches par défaut de soins ou d’alimentation
? Comment pourraient-ils,
pourraient-elles, accepter d’abandonner
ces terres pour renouer avec l’état d’esclavagisme
qu’ils subissaient ? Comment
pourraient-ils, pourraient-elles, renoncer
à l’alphabétisation de leurs enfants, désormais
garant d’un savoir indispensable
pour la lutte ?
S’il ne fallait retenir que deux adjectifs
pour les définir, ces femmes et ces
hommes croisé(e)s tout au long de ce séjour,
ce serait « humbles et
déterminé(e)s ».
Alors, voilà… Aujourd’hui, je suis revenu
du Chiapas et je n’en suis pas complètement
revenu. J’ai
laissé là-bas un petit bout
d’émotion que je compte
bien retourner chercher ;
probablement pour l’y
laisser encore et tenter de
m’approcher un peu plus
de ces gens simples et
dignes qui nous offrent
une jolie leçon de volonté
révolutionnaire ; en dehors
de toute rhétorique déterministe,
de tout dogme incontournable.
Simplement avec leur rêve de justice,
d’égalité et, comme moteur, leur principe
du « caminar preguntando »3.
3 « Cheminer en interrogeant »… le monde, les réalités, les pratiques…
Un an de grève... Qui dans ce pays est capable de rester
dans la lutte si longtemps pour que ses revendications
soient entendues ? Les milliers de sans-papiers qui se sont
mis en grève pour leur régularisation le 12 octobre 2009 ne
savaient pas que la situation s'enliserait à ce point et malgré
tout, des centaines de grévistes ont tenu près d'un an.
Le dernier piquet à être levé sous la pression de la préfecture
de Paris est celui de la P orte des L ilas dans le 20 e à
Paris le 14 octobre 2010.
Il a fallu mener de difficiles voire impossibles négociations
avec les patrons pour obtenir des promesses d'embauche,
subir les pressions des préfectures pour maintenir les piquets
et obtenir l'étude des dossiers de régularisation, et
pousser le ministère à simplifier les procédures. Tout cela
en trouvant des solutions pour vivre et maintenir les piquets
de grève. La solidarité locale a été fondamentale et
exemplaire : des centaines de voisins, d'artisans, de passants,
des collectifs ont permis, grâce à leur soutien matériel
mais aussi moral et politique, de relever le défi et de
tenir bon. La lutte des sans-papiers a élargi la brèche de la
solidarité en rendant visible l'exploitation qu'ils subissent
et leur dignité.
Le gouvernement étant ce qu'il est, il n'a malheureusement
pas été possible de modifier les critères de régularisation
qui sont toujours à la discrétion du préfet, autant dire... arbitraires.
Pour autant, la grève et les occupations ont tout
de même permis que les dossiers des grévistes soient étudiés
de façon plus claire. Il n'a cependant pas été possible
de revenir sur le critère des 5 ans de présence qui concerne
environ 10 % des grévistes. Il aura fallu des mois et l'occupation
de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration
pour obliger le ministère à donner des directives claires aux
préfectures.
En ce qui concerne Solidaires, la majorité des dossiers a été
déposé fin juillet... 87 en tout à ce jour (3 piquets soit 70
grévistes étaient dans le 20e). Parmi eux, 44 grévistes ont
été régularisés pour un an : 16 avec un titre Vie Privée Familiale,
ce qui signifie un renouvèlement presque automatique,
et 25 au titre de l'article 40, c'est-à-dire par le travail
(avec le fameux cerfa, contrat d'engagement d'un patron),
plus compliqué à renouveler. 25 autres dossiers de grévistes
ont été validé s par la préfecture et les copains devraient
être convoqués dans les prochaines semaines.
Plus d'un an après le début du mouvement, la lutte reste
difficile pour tous les grévistes, mais surtout pour ceux de
la CGT qui n'ont obtenu que très peu des régularisations
et des récépissés de 3 mois qui ne garantissent en rien leur
régularisation. Le bilan reste à faire, mais il est clair que
nous sommes loin d'avoir fait bouger les lignes pour la régularisation
de tous les sans-papiers . Cette lutte reste ra
exemplaire par sa durée et sa détermination. Désormais,
la dignité de ces travailleurs exploités est connue de tous et
pourrait bien se manifester à nouveau... ! La lutte et la solidarité
continuent pour la régularisation de tous les sanspapiers
!
Xavier
une année de grève... une très longue année de lutte pour les sans papiers !
Depuis cinq mois, des centaines de sans-papiers sont en grève, occupent leurs entreprises et mènent des actions pour
obtenir leur régularisation afin de desserrer l’étau qui les condamne à n’être qu’un vivier de main-d’oeuvre bon marché
et corvéable à merci à la disposition du système capitaliste. Par les temps qui courent, une grève d’une telle durée reste
exceptionnelle : la détermination des sans-papiers en lutte est à la mesure de la pression sociale et policière qui pèse sur
eux, n’en déplaise aux patrons et à l’Etat qui comptaient sur l’essoufflement et le
découragement pour venir à bout de ce conflit.
Certains esclavagistes du travail temporaire ne lésinent pourtant pas sur les moyens pour
casser dans tous les sens du terme leurs salariés en lutte, comme le négrier de Multipro qui
n’a pas hésité à frapper lui-même des sans-papiers puis à envoyer contre eux une milice
d’extrême droite ultraviolente.
Loin de représenter un épiphénomène isolé ces exactions racistes sont le reflet des
rapports sociaux qui prévalent dans l’intérim en particulier, mais, aussi, dans cette
société de classes en général. Partout, ceux qui sont tout en bas de l’échelle sont traités
comme des chiens, méprisés, pressurés, exploités encore plus durement que le reste des
autres esclaves du système.
Dans cette société qui contraint les sans-papiers à accepter les pires conditions de boulot et de rémunération, créant
ainsi une pression sur les bas salaires, la résistance des plus exploités est une bouffée d’air pour tous ceux qui ne sont
pas au sommet de la hiérarchie sociale.
Français ou immigré, avec ou sans papiers, travailleur
ou galérien, homme ou femme, blanc, jaune ou noir…
nous avons besoin d’une vraie solidarité active entre
ceux qui sont en bas, pour faire reculer la machine
qui nous broie.
Face à l’individualisme et à la concurrence que
le capitalisme veut imposer dans les têtes, nous
conduisant vers toujours plus de misère sociale et
mentale, la lutte reste le meilleur moyen de ne
pas se faire bouffer !
Au Mexique aussi, ceux qui sont tout en bas de l’échelle
sociale, ceux qui sont les plus méprisés par le racisme
ambiant, ceux qui se disent « sans-visage » tant ils se
savent traités comme des chiens ont décidé de se
révolter. Depuis 1994, des milliers d’Indiens du Chiapas
sont entrés en rébellion, récupérant des terres,
s’organisant en communautés zapatistes autonomes et
tentant de créer de nouveaux rapports sociaux. Loin de
s’enfermer dans des revendications ethnicistes, ils
préfèrent tisser des liens avec tous ceux
qui luttent comme eux « en bas et à gauche » débarrassés des partis et autres politiciens. Si la priorité s’est
portée sur des révoltes au Mexique comme à Oaxaca ou à Atenco, qui ont aussi connu des moments
intenses de rébellion et une répression sanglante, ils entendent bien ne pas limiter ces liens à un pays ou
à un continent et sont solidaires des luttes de sans-papiers partout dans le monde.
Des sans-visage aux sans-papiers
Les nervis de l’intérim et les
flics ne sont pas les seuls à
matraquer les plus exploités.
Le 24 juin 2009, un commando
de la CGT armé de barres
évacuait violemment les sanspapiers
qui occupaient la
bourse du travail, à Paris, pour
obtenir des papiers pour tous.
Nous ne l’oublierons pas !
Le 22 juin 2008, une révolte collective réduisait en cendres le
centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, où sont
enfermés les sans-papiers menacés d’expulsion. Dix d’entre eux
ont été inculpés pour cette révolte. Le 9 février 2010, des peines
allant jusqu’à trois ans de prison ferme ont été requises.
A l’occasion de ce procès, diverses actions de solidarité ont été
menées : manifestations, débats, occupations, sabotages… Les
façades de banques qui dénoncent des sans-papiers (La Poste,
la BNP, LCL, la Société générale) ont été taguées et certains de
leurs distributeurs de billets (DAB) mis hors service. Celles-ci
tendent de plus en plus souvent de véritables traquenards à
leurs clients sans-papiers, en donnant de faux rendez-vous où
les flics les attendent.
Les 15 et 16 février 2010, sept personnes ont été arrêtées et leur
domicile perquisitionnés. Quatre sont mises en examen pour
des dégradations de DAB. Toutes participent aux luttes contre
les frontières et pour la liberté de circulation et d'installation.
Le 17 mars, sera prononcé le verdict du procès des 10 sanspapiers
accusés de l’incendie du CRA de Vincennes.
Un rencard est fixé à 13 h 30 à la 16e chambre du TGI M° Cité
Régularisation immédiate de tous les sans-papiers sans exception,
qu’ils soient ou non travailleurs
Des papiers pour tous... ou mieux : plus de papiers du tout !
Solidarité avec les inculpés de la lutte contre les centres de rétention
Solidarité avec les communautés zapatistes autonomes
Pour un monde sans frontières ni classes sociales
Le 13 mars 2010 était une journée européenne de solidarité contre la répression au Mexique. A Paris,
plutôt que d’aller manifester dans les quartiers chics de l’ambassade ou de la maison de l’Amérique latine,
le CSPCL a préféré exprimer ce qu’est pour lui la solidarité en appelant à une balade allant rencontrer
collectivement les 3 piquets de grève de sans-papiers du XXe, avec lesquels existaient déjà des liens.
Une cinquantaine de personnes traversèrent ainsi cet arrondissement populaire, tentant à leur petit niveau
de créer des ponts entre les luttes sociales par-delà les frontières. Les deux pages ci-dessous présentent
les recto et verso du tract qui fut distribué aux habitants du XXe tout au long de cette balade.
« Là-haut en haut, ils voudraient répéter la même histoire.
Ils veulent de nouveau nous imposer leur calendrier de mort, leur géographie de destruction. Quand ils ne nous dépossèdent pas de nos racines, ils les
détruisent. Ils nous volent notre travail, notre force. Nos mondes, la terre, ses eaux et les trésors qu’elle recèle, ils les laissent sans humains, sans vie.
Dans les villes, ils nous persécutent et nous en chassent. Les campagnes meurent et nous tuent.
Et le mensonge se fait gouvernement, tandis que la spoliation arme ses polices et ses armées. Dans le monde, nous sommes des illégaux, des
sans-papiers, des indésirables. Persécuté(e)s et traqué(e)s, nous sommes. Femmes, jeunes, enfants et anciens meurent dans la mort et meurent dans la vie.
Et en haut, ils prêchent pour l’en bas la résignation, la défaite, le renoncement, l’abandon.
Ici en bas, il ne nous restera bientôt plus rien. Rien que la rage. Rien que la dignité.
Notre souffrance ne trouve aucune oreille attentive, si ce n’est celle des autres qui sont comme nous tous et nous toutes.
Personne, nous ne sommes personne. Nous sommes seuls, et il ne nous reste plus que notre dignité et notre rage.
Rage et dignité sont les ponts tendus, ce sont nos langages. Eh bien, écoutons-nous, connaissons-nous donc. Que grandisse notre courage et qu’il se fasse
espoir. Que la dignité originelle soit retrouvée et que naisse un autre monde. Nous avons vu et écouté. Faible est notre voix pour se faire l’écho de cette parole,
petit est notre regard pour autant de rage et aussi digne. Nous bien voir, nous regarder, nous parler, nous écouter, c’est ce qu’il faut.
Autres femmes, autres hommes nous sommes, ce qui est autre. Si ce monde n’a pas de place à nous accorder, à tous et à toutes, eh bien, c’est qu’il faut créer
un autre monde. Sans autre outil que la rage, sans autre matériau que notre dignité.
Il nous manque de nous rencontrer plus, de nous connaître. Il reste à faire ce qu’il reste à faire… »
Extrait d'un communiqué du
Comité clandestin révolutionnaire indigène – Commandement général de l’EZLN
Commission Sexta - Commission intergalactique de l’EZLN, Mexique, 15 et 16 septembre 2008
Au Mexique comme partout dans le
monde, en bas de l'échelle sociale, paysans
et habitants des villes sont confrontés
au quotidien à l'exploitation, à la
spoliation, à la répression et au mépris de
la part des « gens d'en haut » qui gouvernent
et s'enrichissent au quotidien.
De très nombreuses luttes sociales existent
aussi, s'opposant par exemple à la dépossession
des terres villageoises, aux
coupures d'électricité, à la privatisation
des institutions sociales (éducation, santé,
électricité), etc. Sous l’impulsion du soulèvement
zapatiste de 1994, nombreux
sont les villages, les régions et les colonies
urbaines qui tentent au quotidien de
construire leur autonomie collective en
récupérant les terres aux grands propriétaires,
en créant des coopératives, en mettant
en place leurs propres écoles et
systèmes de santé, leurs propres moyens
de communication (journaux, radios, vidéos),
en renforçant leurs propres dynamiques
collectives. Nombre de ces luttes
s'entraident et s'organisent aujourd'hui au
sein de « l'Autre Campagne », une initiative
politique lancée en 2005 par les zapatistes
et adressée à tous les collectifs et
organisations qui luttent « en bas, à
gauche », loin des partis et des magouilles
électorales.
A Paris depuis 15 ans, nous sommes un
certain nombre de personnes
solidaires ou bien tout simplement
attentives aux luttes
sociales qui ont lieu au
Mexique à nous réunir pour
informer sur la situation,
mettre en oeuvre une solidarité
active et joindre notre
révolte à la leur. Car la réalité
que nous vivons ici aussi est
faite d'exploitation, de dépossession permanente,
d'individualisme et de mépris. ici
aussi surgissent de nombreuses luttes, en
bas de l'échelle sociale... mais trop souvent
nous sommes éclatés, éparpillés, parfois
même indifférents d'une lutte à l'autre ou
divisés, et bien trop souvent isolés face à
la répression.
Tout comme les zapatistes, nous pensons
qu'il est primordial de nous rencontrer, de
nous écouter, pour avancer les uns et les
autres en apprenant des résistances de
tous ceux qui pensent qu’en bas quelque
chose est possible. Nous voudrions rompre
l'isolement, et pour cela renforcer les
réseaux de solidarité entre les luttes à la
base, que ce soit sur le plan local ou international.
C'est pour ça que dans le cadre de la semaine
de solidarité avec les communautés
zapatistes en résistance, nous avons
décidé de venir sur les piquets de grève
des sans-papiers en lutte pour leur régularisation.
Pour discuter, écouter et faire
connaître la résistance des piquets de
grève à ceux avec qui nous partageons
nos révoltes, en europe et au Mexique.
Pour informer de la répression actuelle
aussi là-bas, car aujourd'hui, cent ans
après la grande révolution mexicaine du
début du xxe siècle et alors que l'État
mexicain craint à nouveau un nouveau
soulèvement social dans tout le pays, les
communautés zapatistes en résistance et
les participants à « l'Autre campagne »
sont sujets à des attaques et des menaces
du gouvernement et des groupes paramilitaires.
Au Chiapas, la volonté gouvernementale
de provoquer et de déposséder les zapatistes


des terres récupérées en 1994 et les
projets d'installation d'un énorme complexe
touristique autour des ruines mayas
de Palenque menacent de nombreuses
communautés indiennes d'expulsion.
Pour imposer leurs projets d'autoroutes,
d'écotourisme ou de plantations d'huile
de palme, les dirigeants de la région n'hésitent
plus à recourir à nouveau à la violence
des groupes paramilitaires, déjà
responsables par le passé de dizaines de
morts et de milliers de déplacés, au risque
de provoquer un embrasement meurtrier.
Des campagnes européennes contre les
multinationales et les promoteurs de ces
projets qui menacent ces communautés
d'être dépossédées de leurs terres et expulsées
sont prévues prochainement.
C'est depuis nos luttes, nos résistances et
nos réalités locales que nous voulons leur
adresser notre soutien. ils nous enferment
dans leurs frontières, mais leur répression
n'en a aucune... Notre solidarité ne doit
pas en avoir non plus!
Comité de solidarité avec les peuples
du Chiapas en lutte
Assemblée ouverte les mercredis soir à 20h30,
33, rue des Vignoles M° Avron
http://www.cspcl.ouvaton.org / cspcl@altern.org
Semaine d'action globale en solidarité
avec les communautés zapatistes en résistance, du 13 au 21 mars 2010
Quoi qu’aient pu affirmer la droite
et les médias, les lycéens en lutte
ont bien compris en quoi la réforme des
retraites les concerne directement. Pas
besoin d’être diplômé de l’EHESS pour
savoir qu’il faut ne pas laisser passer la
moindre occasion de bousculer énergiquement
le carcan de soumission et
d’ennui qui caractérise cette société. Pas
besoin d’avoir fait Science po pour capter
que chaque recul sur les acquis sociaux
prépare le terrain à de nouvelles
attaques contre les conditions de vie de
l’ensemble des non-riches. Plus
l’Etat et les patrons seront confrontés
à une résistance acharnée,
plus ils hésiteront à nous dépouiller
toujours davantage. Néanmoins,
si batailler pour défendre les
miettes dont les bourges ne nous
ont pas encore dépecés se révèle
chaque jour plus nécessaire,
on est bien obligé de
s’interroger sur le sens que l’on accorde
à se combat. S’agira-t-il de simplement
négocier la part de queues de cerise que
l’Etat peut nous piquer, s’agira-t-il de refuser
de lâcher le moindre morceau, tout
en se contentant de la vie de merde et
d’humiliations que les riches nous ont
toujours réservée, ou bien s’agira-t-il de
lutter pour balayer l’ordre social et inventer
des rapports humains fondés sur
autre chose que la domination et le
consumérisme.
Certes, si l’on en croit les politiciens,
journalistes, économistes, sociologues
et autres manipulateurs de masses
qui officient dans les médias, remettre
en question les fondements de
cette société de classes serait
totalement déraisonnable.
A leurs
yeux, se tuer au
turbin pour
les patrons, consommer
tant bien que mal, se résigner
à signer un chèque en blanc lors
de chaque élection, puis se soumettre à
ceux qui se targuent d’être les représentants
du « peuple » serait la seule voie
réaliste, puisque respectueuse de la
démocratie de marché. Quant à
l’unique alternative, elle consisterait
à attendre les prochaines échéances
électorales, voter pour l’opposition et…
continuer à trimer pour les bourges. Tout
au plus serait-il envisageable d’opter
pour un marchandage fataliste de nos
conditions d’exploitation. Sous la coupe
de médiateurs politiques, syndicaux ou
même associatifs, bien évidemment.
De fait, on est également obligé de
s’interroger sur le rôle de ceux qui prétendent
parler en notre nom. Ainsi, au regard
du mouvement social contre la
réforme des retraites, une impression
maintes fois ressentie en d’autres occasions
s’impose à nouveau. Les dirigeants
syndicaux peuvent bien adopter des
lignes différentes, ils semblent tous mus
par une même préoccupation, obsessionnelle
mais fort éloignée du sort des
salariés : posséder des troupes puis être
reconnus comme interlocuteurs officiels
par l’Etat et les patrons afin d’avoir le
privilège de s’asseoir à la table des négociations
et cogérer le capitalisme.
Parce que l’économie n’a pas fini de nous bouffer la vie
Parce que nous n’avons pas fini de la bloquer
De l’argent, il y en a dans les poches de Guillaume Sarkozy !
Pourquoi occuper symboliquement le siège de Malakoff Médéric
? L’explication est assez simple : Malakoff Médéric, dirigée
– est-ce un hasard ? – par Guillaume Sarkozy, frère aîné
du président des riches, a déjà préparé l’application de la
contre-réforme des retraites...
Cette entreprise, premier groupe paritaire de protection sociale
en France, a créé récemment avec la Caisse nationale de
prévoyance (CNP Assurances, premier assureur de personnes,
qui assure notamment la gestion des régimes Préfon, fonds
de pension destiné aux agents de la fonction publique, et Fonpel,
fonds de pension destiné aux élus locaux), une société appelée
Sevriena, dont le but est de rafler le marché juteux de
l’épargne retraite à partir de janvier 2011...
Preuve en est le document confidentiel de mars 2009 disponible
sur le site du journal Politis, intitulé : « Projet de regroupement
des activités d’épargne retraite et d’épargne
salariale de CNP assurance, de Malakoff Médéric et de Quatrem
» : « À l’horizon 2020, une baisse du taux de remplacement de
l’ordre de 8 % est attendue pour une carrière complète. Cette baisse est
toutefois variable selon le niveau du salaire et le profil de carrière [...].
Pour les salariés qui auront subi des “trous” de carrière et pour les générations
qui prendront leur retraite après 2020, la baisse du taux de
remplacement sera plus forte ». Le montant potentiel de collecte
d’épargne retraite nécessaire pour financer le maintien du niveau
de vie des futurs retraités en 2020 est estimé – dans ce
document – à une belle somme « comprise entre 40 et 110 milliards
d’euros, suivant les hypothèses de comportement des individus ».
Et encore une fois, comme par hasard, le projet de loi du gouvernement
comporte un titre V, peu ébruité par les médias,
qui vise à développer la retraite par capitalisation : « Mesures
relatives à l’épargne retraite. »
Nous aurait-on encore menti ? La réforme actuelle n’auraitelle
pour but que de faire baisser les pensions par répartition
afin d’imposer à ceux qui en auront les moyens de souscrire à
des retraites individuelles par capitalisation ? Le calendrier extrêmement
bien articulé de la création de la nouvelle entreprise
de Guillaume Sarkozy et de la réforme de son frère chef
de l’État semble finalement un hasard bien préparé...
Le projet du gouvernement et du patronat (Guillaume Sarkozy
a d’ailleurs été vice-président du Medef jusqu’en 2006)
est clair : détruire petit à petit le régime de retraite par répartition
en baissant le niveau des pensions et en forçant de fait
les salariés à avoir recours à la retraite par capitalisation... engraissant
ainsi encore une fois des entreprises privées !
Face à la casse des retraites par répartition et au népotisme, ne
baissons pas la garde.
Prenons sur les profits pour payer les retraites !
Aujourd’hui à Médéric-Malakoff ; demain on continue !
Confédération nationale du travail (CNT-RP), Solidaires Paris.
Occupation du siège de Malakoff Médéric,
le 27 octobre 2010
La meilleure retraite, c’est l’attaque
Pour cela, il leur faut faire la preuve
de leur capacité à contrôler les mouvements
sociaux, notamment contenir
toute tentative de débordement de la
base dont la radicalisation menacerait la
paix sociale. Opération souvent délicate
qui nécessite un encadrement disposant
d’un savoir-faire particulier, surtout
lorsqu’il s’agit d’accompagner cette
base dans sa volonté d’en découdre
pour finalement mieux l’endormir.
Les directions syndicales doivent
également s’offrir une « légitimité » démocratique
en réalisant un « bon score »
aux élections professionnelles. Chacune
établira donc sa stratégie en fonction de
son positionnement sur le marché de
l’offre syndicale et pour cela effectuera
de savants calculs de saupoudrage entre
collaboration réformiste et façade
offensive.
Le jeu des leaders étudiants et lycéens
(UNEF, UNL, FIDL…) est encore
plus simple : comme leurs prédécesseurs,
ils visent des bonnes places au PS
après avoir oeuvré en sous-marin pour ce
repaire de requins avides de pouvoir.
Il n’est pas nécessaire d’avoir fait
Sciences po, non plus, pour constater
que, si les dirigeants des partis de gauche
et des syndicats ne se privent pas de s’afficher
dans les médias comme les hérauts
de la lutte contre cette réforme des
retraites, ce qu’ils nous réservent, une
fois installés à la table des négociations,
n’est autre qu’un nouveau serrage de
ceinture, notamment pour les plus
pauvres.
Quant à ce
que nous propose
l’ext
r ê m e
gauche, ce
n’est guère
plus réjouissant
: la pérennisat
ion
du système
actuel. Selon eux,
en quelque sorte,
passer sa vie à se
faire exploiter par des patrons qui ne
cessent de s’en mettre pleins les poches
n’est pas franchement un problème dès
lors que ça s’arrête à 60 ans. Que leur
modèle de « répartition », fondé sur la
ségrégation de classe assure une retraite
luxueuse à une petite minorité
aisée, mais méprise des millions de
gens sous prétexte qu’ils n’ont pas pu
engranger suffisamment de points retraite,
ne semble pas les déranger davantage.
Tous ceux qui auront passé trop
d’années au RMI, au RSA, les sans-papiers,
les non-déclarés… pourront crever
la gueule ouverte sur
un banc du métro, les professionnels
du spectacle
revendicatif, toujours
prompts à se poser en représentants
du prolétariat,
n’en ont que faire ! Ou
alors ces politicards tenteront
de nous vendre, une
fois de plus, une de leurs
mesures alternatives destinées
à nous enfermer dans
une misère aseptisée.
On est donc obligé de
s’interroger aussi sur les « acquis sociaux
». Comme on vient de le voir, les
invoquer aveuglément sans se poser plus
de questions peut amener à assimiler une
logique profondément inégalitaire qui
n’est autre que celle de la démocratie de
marché. De fait que sont ces dits « acquis
sociaux », si ce n’est le fruit d’un
consensus entre partenaires sociaux ? Ils
ont été élaborés dans le cadre du système
capitaliste, donc étudiés pour lui correspondre,
s’y intégrer et créer l’adhésion,
tant et si bien que l’on assiste à une
forme de symbiose susceptible de nous
faire participer à notre propre aliénation.
Pas étonnant que nombre de revendications
deviennent porteuses de l’idéologie
dominante et notamment de
séparations caractéristiques de
cette société marchande.
Quand l’Etat et le patronat acceptent
de nous lâcher de plus
grosses miettes, c’est bien sûr
qu’ils y trouvent un intérêt. Pardelà
le fait de nous imposer un
cadre mental, il leur faut, en période
de conflits sociaux offensifs, recouvrer
au plus vite un niveau de consensus
laissant les affaires s’épanouir, mais
surtout ils veulent disposer d’une soupape,
fût-elle onéreuse, leur permettant
d’éviter le péril majeur que serait la
perte de leur position dominante. C’est
ce qui s’est passé en Mai 68 quand patronat,
gouvernement et syndicats ont
signé les accords de Grenelle, qui actèrent
une augmentation de 35 % du smig
et de 10 % des salaires réels pour couper
l’herbe sous le pied d’un mouvement de
révolte incontrôlable menaçant leurs privilèges.
Si le capitalisme dans sa phase libérale
cherche à engranger davantage de
profits en cassant les acquis
sociaux et les services publics
(à propos de qui on peut aussi
s’interroger : ex. EDF est
l’agent de l’industrie nucléaire),
il serait stupide de défendre
sa version paternaliste,
peut-être plus subtile par sa
capacité à développer des
modes de participation, mais
génératrice d’une domination
toute aussi violente. Comme il
serait suicidaire d’attendre
une contre-réforme, d’autant
plus qu’elle ne peut être
menée que dans un cadre institutionnel
par des médiateurs prétendant parler à
notre place.
En revanche la lutte contre la réforme
des retraites aura multiplié les dynamiques
où des liens se sont tissés, des
réflexions collectives se sont posées, où
ont été vécus des moments de résistance
libérés du carcan des institutions et des
représentants de tout poil. Des moments
qui, même s’ils présentent encore des limites,
laissent entrevoir l’espoir d’un
emballement généralisé attaquant les
mécanismes de l’exploitation.
Et si, sous les coups de boutoir de la
répression, de la collaboration et des discours
médiatiques, le mouvement actuel
s’essoufflait, il n’en resterait pas moins
qu’il nous faut conserver ces acquis de
la lutte, bien moins récupérables
que lesdits « acquis sociaux
». Pour cela, il nous
faut inventer des outils permettant
de faire perdurer les
expériences, réflexions et actions
collectives. Parce que
l’économie n’a pas fini de
nous bouffer la vie, parce que
nous n’avons pas fini d’être
nombreux à la bloquer.
Sous le pavé, la rage
La meilleure retraite, c’est l’attaque
ZAPATA VIVE !! LA LUCHA SIGUE !!
Aujourd'hui, 10 avril 2010, 91e anniversaire de l'assassinat d’Emiliano Zapata par les hommes de pouvoir
du Mexique, nous avons décidé d’investir le centre culturel mexicain à Paris pour rendre hommage aux
rebelles qui, au cri de « Terre et Liberté », ont combattu le pouvoir et récupéré leurs terres communales
spoliées par les grands propriétaires. C'est parce que la révolution mexicaine débutée en 1910 ne devait ni
se limiter au renversement du régime antérieur ni à la simple signature en 1917 d'une Constitution
instaurant la réforme agraire que ces hommes et ces femmes restés rebelles furent pourchassés et
assassinés par le nouveau pouvoir en place.
Cent ans après, rien n’a changé ! L'argent et l'arrogance du pouvoir continuent à gouverner le Mexique, et
pour satisfaire le capital international, les acquis révolutionnaires du début du siècle sont démantelés. En
1992, pour rentrer dans l’Alena, Accord de libre-échange nord-américain, l'article 27 de la Constitution reconnaissant la
propriété collective des terres est abrogé. La réforme agraire est officiellement abandonnée et la terre devient un bien vendable.
L'État mexicain continue de traquer les rebelles. La corruption et le clientélisme gangrènent toute la vie politique.
C'est dans ce contexte qu'en 1994 surgit le soulèvement zapatiste. Ces nouveaux rebelles déclarent la guerre à l'État et aux
riches sans vouloir prendre le pouvoir, et appellent les Mexicains à reprendre en main leur destin pour construire une
alternative. Les zapatistes s'ouvrent à la société civile mexicaine tout en démasquant le faux dialogue de l’Etat mexicain et,
surtout, résistent aux politiques contre-insurrectionnelles qui n’ont cesse de vouloir les éliminer.
Depuis 16 ans, ils luttent au quotidien sur leur territoire en renforçant l’autonomie, l’autogestion et leurs
propres formes de gouvernement. Mais cela ne peut se faire de manière isolée, et c'est pour cela que depuis 1994
ils cherchent à s'associer à tous ceux qui pensent qu’autre chose est possible.
En 2005, face aux magouilles de la vie politique et à l'impossibilité de changer réellement les choses au travers
du système électoral, les zapatistes proposent dans leur « Sixième déclaration », de renforcer les liens au
niveau national et international entre ceux qui, en bas à gauche, combattent le système capitaliste. C’est à
travers ce réseau de solidarité entre les résistances que l’on appelle l’Autre Campagne que se forge l’espace
pour construire un véritable plan de lutte.
La répression s'abat depuis de manière extrêmement violente contre ceux qui au Mexique ont rejoint cette initiative.
Au Chiapas, on assiste à une véritable réactivation de la stratégie contre-insurrectionnelle, en lien avec la volonté de mettre en
place de nouveaux projets capitalistes dans la région.
Pour expulser les zapatistes des terres récupérées en 1994, pour installer un nouveau complexe touristique autour de Palenque et
pour contrôler les ressources naturelles de la Selva Lacandona, l'État mexicain et ses alliés organisent et confèrent de nouveau
une totale impunité à des groupes paramilitaires. A Mitziton, à Bachajon, à Jotola, à Amaytic et dans tant d'autres localités, on
ne compte plus les exactions des hommes de main de l' « OPDDIC » et de « l'Armée de Dieu », tandis qu'au niveau national on
assiste à de véritables campagnes d'intoxication médiatique visant à faire croire que ces conflits sont intracommunautaires, et à
discréditer la solidarité internationale avec les zapatistes.
Tous ces signes laissent de plus en plus craindre une prochaine offensive militaire de l'État mexicain... Nous ne resterons pas
spectateurs de ces événements !
Nous tenons le gouvernement mexicain responsable des conflits et de la violence visant à soumettre le Mexique « d’en bas ».
Par cette intrusion, nous voulons manifester à nouveau notre solidarité avec ceux qui luttent avec dignité contre ces projets
spoliateurs et destructeurs, et résistent aux manoeuvres contre-insurrectionnelles de l'État mexicain.
En France et dans toute l'Europe, nous restons attentifs à ce qui se passe et se passera…
Liberté pour tous les prisonniers de la lutte sociale !
Halte au harcèlement et aux manoeuvres de contre-insurrection !
Abandon des mégaprojets touristiques au Chiapas !
Halte à l'isolement et à l'intoxication médiatique !
Solidarité avec les luttes sociales, l'Autre Campagne et les zapatistes !
(Zapata vit encore ! La lutte continue !)
Le 10 avril 2010, le tract suivant était distribué au Centre culturel mexicain à Paris pour dénoncer les
exactions de groupes paramilitaires au Mexique, et la complicité de l’état, mais aussi pour affirmer
notre solidarité avec les acteurs de le lutte sociale victimes d’une répression toujours plus violente.

Partager cette page

Repost 0
Published by