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Article paru dans le mensuel

Bastille-République-Nations

du 25/01, et repris par

le site de Marianne :

 

http://www.marianne2.fr/Tunisie-Egypte-Bielorussie-ingerence-europeenne_a202391.html?preaction=nl&id=2952622&idnl=26214&

 

Tunis. Depuis mi-décembre, une véritable révolution populaire a pris corps. Avant de fuir son pays, le dictateur Ben Ali avait ordonné une brutale répression – bilan jusqu’à son départ : 70 morts au moins.

 

Le Caire. Le vent tunisien inspire les Égyptiens, qui réclament, désormais par millions, le départ du président Moubarak. Lors des premiers jours de la révolte, la police de ce dernier fait plus de 100 tués, avant de devoir passer la main à l’armée, qui se refuse – pour l’heure – à poursuivre la répression sanglante.

 

Minsk. A l’issue de l’élection présidentielle du 19 décembre, plusieurs candidats de l’opposition appellent à abattre le régime et attaquent le siège du gouvernement. Le mouvement ne bénéficie d’aucun soutien populaire, et tourne court. Bilan : des centaines d’interpellations, mais zéro mort, aucun blessé grave.

 

Dans le cas tunisien, l’Union européenne attend trois semaines avant la moindre réaction officielle. Puis, Bruxelles évoque sa « préoccupation », invite les responsables de la répression à « enquêter sur les événements », et réaffirme l’importance de « renforcer les relations bilatérales ». La veille même de la fuite du président honni, elle félicite ce dernier pour son allocution télévisée. A aucun moment, le processus de renforcement du partenariat UE-Tunisie n’est mis en cause (entre 2011 et 2013, 240 millions d’aides directes étaient prévues).

 

Dans le cas égyptien, l’UE, sans doute échaudée, ne met… qu’une semaine à réagir. Le Haut représentant, la baronne Catherine Ashton, se dit « profondément troublée » et « réitère (son) appel à toutes les parties d’utiliser la retenue et de rester calme ». Deux jours plus tôt – le 26 janvier – son porte-parole incitait les autorités du Caire à « prendre note » des demandes des citoyens. Interrogé sur le sort des financements européens destinés au pouvoir égyptien (450 millions d’euros sur deux ans), le porte-parole indique qu’il est « bien trop prématuré » pour le mettre en question.

 

Dans le cas biélorusse, l’UE réagit quelques heures à peine après la manifestation en « condamnant fermement » la violence policière. Elle témoigne son soutien appuyé à l’opposition, et prévoit de financer plus avant celle-ci. Des « sanctions sévères » sont confirmées par les ministres des Vingt-sept, dont une interdiction de séjour visant pas moins de 158 dirigeants biélorusses. Elle projette également de viser deux entreprises publiques, ainsi que le gel de projets d’infrastructures et de partenariat. La présidente lituanienne en appelle ouvertement au renversement du régime.

 

Deux poids, deux mesures ? En réalité, ingérence à tous les étages.

 

Ingérence brutale contre une Biélorussie ayant refusé, dès 1994, d’importer les règles néolibérales et de privatiser les domaines-clé de son économie au moment où la grande braderie battait son plein au sein de l’espace post-soviétique. Ingérence sordide contre une Tunisie dont le président aux abois s’était vu proposer in extremis par l’un des pays de l’UE – la France, hélas ! – une « expertise » en matière de répression policière.

 

Les Tunisiens ont fêté leur victoire – leur première victoire, la route sera longue – avec hymne et force drapeaux nationaux. Manière d’affirmer que liberté, souveraineté et progrès social vont de pair.

 

Il y a deux ans, une zone de libre-échange UE-Tunisie voyait le jour. Et l’année dernière, une déclaration Bruxelles-Tunis célébrait « 30 ans de coopération entre la Tunisie et l’Union européenne ». On y lit notamment : « l’UE accompagne la Tunisie dans sa politique de réformes structurelles visant à faciliter son intégration dans l'économie mondiale, dans la modernisation de sa politique et de ses règlementations commerciales ».

Mme Ashton vient d’ailleurs d’insister sur l’une des priorités de la délégation européenne en partance pour Tunis :

« il est nécessaire d’encourager les entreprises européennes à rester et continuer d’investir en Tunisie ».

Investissements, réformes structurelles, insertion dans l’économie mondiale.

En novlangue bruxello-mondialisée, c’est très précisément ce que l’on nomme les droits de l’homme.

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