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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 11:46
Pierre et Olympe
POUR certains, la formule « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante », gravée sur le fronton du Panthéon lors de son inauguration pendant la Révolution, serait essentiellement vieillotte. Dans ce cas les paroles de la Marseillaise sont à jeter, tout comme la moitié des traditions républicaines de ce pays (la Commune, et non la Communauté de communes, en pilier de la démocratie) ou encore le préambule de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, rédigée dans un style antédiluvien.
François Hollande doit décider bientôt des deux prochains panthéonisés. Pour critère de choix, André Malraux suggère « celui qui, face à une nécessité écrasante, n’a pas baissé les bras et a su dire non, sans accepter la fatalité ». À mon sens il s’agit d’abord de corriger une aberration. Sur les quelques 80 héros panthéonisés, il y a… deux femmes. Deux chimistes : Sophie Berthelot et Marie Curie. Le président est assez manoeuvrier pour échapper à l’obligation de placer enfin parmi les grands hommes une grande femme. Et
l’une s’impose de toute évidence : Olympe de Gouges, révolutionnaire, écrivaine, femme libre et femme de tête, ennemie de l’esclavage et surtout fondatrice de l’antisexisme.
Auteure de pièces engagées, girondine, amie de Condorcet et adversaire de Marat et de Robespierre par refus de la justice expéditive, Olympe de Gouges, guillotinée pendant la Terreur pour excès d’humanité, a rédigé dès 1791 la Déclaration des Droits de
la Femme et de la Citoyenne, un texte à relire ‒ ceux qui aiment l’emphase diraient un texte prophétique de la lutte pour l’émancipation de la femme. Il a fallu attendre deux siècles pour que ces principes entrent un peu en application. Rarement dans l’histoire une révolutionnaire aura aussi bien et d’aussi loin dessiné l’avenir. C’est peut-être bien parce qu’elle est emblématique de ce qui fait la conviction militante : « de chacun selon ces capacités, à chacun selon ses besoins », que le président l’oublierait.

Cinquante ans après Jean Moulin il manque un résistant à l’appel de la reconnaissance de la patrie, comme l’a fait remarquer Malek Boutih, député de l’Essonne (insulté gravement par Kléber Mesquida pour n’être point un godillot d’Ayraultport). Un résistant qui a su déceler avant tant d’autres (Marchais) le danger nazi, rompre d’emblée avec la politique d’abandon, théoriser l’action terroriste (oui, terroriste, il l’écrivit noir sur blanc) de la résistance intérieure,organiser son action, se rallier à de Gaulle (qui venait de l’extrêmedroite maurrassienne) par réalisme, alors qu’il venait de la gauche jaurésienne, se sacrifier quand sa capture risquait de mettre en danger ses camarades. Cet homme, c’est Pierre Brossolette. Éditorialiste du Populaire, il fustige les accords de Munich (qui entérinent la colonisation de la Tchécoslovaquie par le Reich), contre l’avis du directeur du journal, Léon Blum. Il entre dans la Résistance dès 1940 avec les anarchistes catalans
et rejoint le réseau du Musée de l’Homme. Il échappe à son démantèlement, poursuit le combat, passe à Londres où il mesure la valeur du Général non sans s’opposer à lui (sur la question de l’armement du maquis avec des bibelots par Churchill), vient en France pour réorganiser la Résistance après la fin de Jean Moulin.

Homme de colonne vertébrale qui savait s’opposer à l’activisme sans principes (contre le mot d’ordre « À chacun son Boche !» ) quand il le fallait, il a été pris par la Gestapo. Plutôt que de risquer de parler, il s’est défenestré dans un acte de sombre courage. Son sens de la ruse, sa lucidité et son esprit intrépide sont autant de repères pour agir aujourd’hui à gauche du possible. Olympe et Pierre : ces deux prénoms s‘imposent pour
le Panthéon. Ils honorent le passé et préparent l’avenir, aurait dit Germaine Tillon.

Pierre Blondeau anime la liste « l’Humain d’abord » pour les municipales de Saint-Pons le 23 mars 2014
 

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Published by Pierre Blondeau et les camarades de La Cigale - dans La commune
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